October, lancée en 2014 sous le nom de Lendix par Olivier Goy, était la plateforme de référence du crowdlending PME en France et en Europe. Plus d'un milliard d'euros déployés, plus de 44 000 investisseurs particuliers, 4 342 projets financés en France, Espagne et Italie. En mai 2026, la plateforme a officiellement été rachetée par Aether, une société indépendante spécialisée dans l'exécution d'opérations financières complexes. Ce rachat marque la fin définitive d'October en tant que plateforme de crowdlending accessible aux particuliers.
Si vous êtes investisseur sur October avec des prêts en cours, voici ce qui s'est passé, pourquoi, et ce que vous devez savoir pour gérer votre portefeuille.
La fermeture d'October n'a pas été un événement soudain. Elle s'est déroulée en plusieurs étapes sur trois ans.
2022-2023 : l'environnement se retourne. La hausse brutale des taux directeurs de la BCE fait basculer le modèle économique du crowdlending PME. Quand les taux sans risque passent de 0 % à 4 %, les investisseurs particuliers exigent des rendements plus élevés pour compenser le risque de défaut. Du côté des emprunteurs, le coût du financement participatif devient moins compétitif face aux prêts bancaires classiques, en particulier pour les PME bien notées. October commence à réduire l'origination de nouveaux prêts.
Début 2024 : arrêt complet de l'origination. October cesse définitivement de proposer de nouveaux projets aux investisseurs particuliers. La plateforme entre en mode gestion du portefeuille existant.
1er février 2024 : cession de la technologie à Sopra. October vend son moteur technologique, appelé October Connect, à Sopra Banking Software. Cet outil, développé en interne pour traiter les portefeuilles de prêts, était déjà utilisé par d'autres banques et plateformes. Cette cession signale clairement qu'October renonce à relancer une activité de prêt participatif.
Mai 2026 : rachat par Aether. La société Aether, déjà agréée en tant qu'établissement de paiement par l'ACPR depuis juillet 2023, acquiert October pour lancer une nouvelle ligne d'activité : Aether Asset Management Services. L'objectif est d'utiliser la licence AMF d'October et l'expertise de ses équipes pour proposer des services de gestion d'actifs à une clientèle institutionnelle et professionnelle. October disparaît en tant que marque grand public.
Plusieurs facteurs structurels expliquent l'échec du modèle, au-delà de la seule remontée des taux.
Un modèle difficile à rentabiliser à grande échelle. October facturait des frais à l'emprunteur (entre 1,5 % et 3 % du montant du prêt) et des frais de gestion annuels aux investisseurs. Avec un portefeuille d'un milliard d'euros et des durées moyennes de 48 mois, les revenus étaient relativement prévisibles mais insuffisants pour couvrir les coûts d'une structure européenne ambitieuse.
La concurrence des prêts garantis par l'État. Pendant la période Covid (2020-2022), les PGE ont offert aux PME un accès à des financements à taux quasi nuls garantis par l'État. Les plateformes de crowdlending ne pouvaient pas rivaliser. Beaucoup de bons emprunteurs ont préféré les PGE, laissant aux plateformes participatives les dossiers plus risqués.
Une dégradation du portefeuille existant. Les investisseurs ayant confié plus de 30 000 € à October témoignent de rendements nets proches de zéro, voire négatifs, sur leurs prêts les plus récents. Les procédures de conciliation, les retards et les défauts se sont accumulés à partir de 2023. October n'était pas seul dans cette situation : Credit.fr a également cessé ses activités au cours de la même période.
L'absence de pivot réussi. Contrairement à certaines plateformes qui ont su évoluer vers l'immobilier ou les énergies renouvelables (segments moins touchés par la crise du crédit PME), October est resté centré sur son cœur de métier. Sa vente de technologie à Sopra montre qu'elle avait cessé de croire en un rebond.
Si vous avez des investissements actifs sur October, voici ce que vous devez retenir.
Vos prêts ne disparaissent pas. Le rachat par Aether inclut la gestion du portefeuille existant. Les contrats de prêt sont juridiquement indépendants de la survie commerciale de la plateforme. Tant qu'un emprunteur rembourse, vous continuez à recevoir les flux sur votre compte.
La qualité du recouvrement dépend d'Aether. Pour les prêts en retard ou en défaut, c'est désormais Aether qui pilote les procédures de recouvrement. La réputation d'Aether dans ce domaine est à construire : la société est récente dans la gestion de prêts participatifs grand public. Suivez les communications sur votre espace investisseur.
Anticipez des délais de résolution longs. Un défaut de prêt prend en moyenne deux à quatre ans à se résoudre, entre procédure amiable, redressement judiciaire éventuel et cession d'actifs. Considérez les montants en défaut comme du capital immobilisé à horizon long.
Aucun nouveau projet ne sera proposé. Il ne sert à rien d'espérer un redémarrage de la plateforme grand public. Le modèle d'Aether est exclusivement institutionnel.
October n'est pas un cas isolé. Sa fermeture s'inscrit dans un mouvement de consolidation du crowdlending européen qui a vu disparaître ou se restructurer plusieurs acteurs majeurs (Envestio, Kuetzal, Grupeer pour les plus graves, mais aussi Lendico, Funding Circle en retail, et Credit.fr en France).
Plusieurs leçons pratiques s'imposent.
Le risque plateforme est aussi réel que le risque projet. Vous pouvez avoir sélectionné d'excellents dossiers : si la plateforme ferme ou dégrade son recouvrement, votre rendement en pâtit. Évaluer la santé financière de l'opérateur est aussi important qu'analyser les projets individuels. C'est précisément l'objet du score qualité plateforme de CrowdPickr.
La diversification inter-plateformes est indispensable. Concentrer son portefeuille sur une seule plateforme, même leader, expose à un risque de défaillance totale. La règle pratique : ne jamais dépasser 20 à 25 % de son capital crowdlending sur une seule plateforme.
Les segments défensifs ont mieux résisté. Pendant que le crowdlending PME s'effondrait, l'immobilier résidentiel court terme et les énergies renouvelables ont mieux traversé la crise des taux. La diversification sectorielle protège autant que la diversification de plateforme.
La liquidité est un luxe en crowdlending. Les prêts ne se revendent pas. Votre capital est bloqué jusqu'à l'échéance ou la résolution du dossier. N'investissez que des montants dont vous n'avez pas besoin à court ou moyen terme.
Le segment du crowdlending PME en France est aujourd'hui très réduit. Les plateformes encore actives sur ce créneau sont peu nombreuses. En revanche, d'autres segments restent dynamiques.
Pour le crowdlending immobilier : ClubFunding, La Première Brique, Homunity et Fundimmo restent opérationnels, avec des taux de retard élevés à surveiller de près.
Pour les énergies renouvelables : Enerfip et Lendosphere affichent des portefeuilles solides et des taux de défaut très faibles.
Pour le prêt aux particuliers et PME : PretUp, BienPrêter et Les Entreprêteurs sont encore actifs, avec des volumes plus modestes.
Consultez notre classement des plateformes pour une comparaison à jour basée sur notre scoring en 5 critères.
Sources : Boursorama / Aether communiqué mai 2026, Crowdfund Insider (février 2024), MoneyVox, Finyear, argent-et-salaire.com (bilan investisseurs). CrowdPickr est un service d'analyse indépendant, sans lien avec October ni Aether.