Entre le 22 juillet et le 5 août 2026, trois plateformes de financement participatif agréées par l'AMF sont entrées en procédure collective : Flolend (liquidation judiciaire le 22 juillet)[1][5], Mahana Capital (liquidation judiciaire le 30 juillet)[6][9] et Tudigo (redressement judiciaire le 5 août)[11][12]. Les délais pour déclarer une créance expirent ce mois-ci : le 5 octobre pour Mahana, déjà passé, le 7 octobre pour Flolend et le 16 octobre pour Tudigo[5][9]. S'y ajoute Horizon Oblig, un émetteur obligataire et non une plateforme, dont le délai court jusqu'au 27 octobre[5][17].
La réponse courte : si vous avez prêté via l'une de ces plateformes, votre créance porte en principe sur la société qui porte le projet, pas sur la plateforme, et la faillite de l'intermédiaire ne l'efface pas. Le vrai risque est ailleurs : un suivi des remboursements dégradé, des recouvrements plus lents et des frais de gestion prélevés sur ce qui vous revient. Une déclaration de créance contre la plateforme n'est utile que pour les sommes que la plateforme elle-même vous doit. Les détenteurs d'obligations Horizon Oblig sont dans une situation différente : ils sont créanciers directs de la société en procédure et doivent s'assurer que leur créance est déclarée. Pour le contexte du dossier Tudigo, voir notre article sur le redressement judiciaire de Tudigo.
Cet article ne constitue pas un conseil juridique. Il rassemble ce que disent les registres, les plateformes et les avocats qui suivent ces dossiers, et signale ce qui reste incertain.
Le tableau ci-dessous reprend, pour chaque entité, la procédure, le tribunal, les dates clés et l'interlocuteur à qui adresser une éventuelle déclaration. Les dates de publication au BODACC proviennent du cabinet Kohen Avocats et du registre Pappers : nous n'avons pas pu consulter directement les annonces BODACC.
| Entité | Procédure et tribunal | Jugement / BODACC | Fin du délai | Interlocuteur |
|---|---|---|---|---|
| Flolend | Liquidation judiciaire simplifiée, tribunal des activités économiques de Paris[4][5] | 22 juillet / 7 août 2026[5] | 7 octobre 2026 (imminent)[5] | Liquidateur : SELARL Asteren, Me Pablo Castanon[1][4] |
| Mahana Capital | Liquidation judiciaire, tribunal de Fréjus, passée en liquidation simplifiée le 3 septembre[6][9] | 30 juillet / 4 août 2026[9] | 5 octobre 2026 (expiré, relevé de forclusion jusqu'au 4 février 2027)[9] | Liquidateur : SELARL Deloret Constant[6] |
| Tudigo | Redressement judiciaire, tribunal de commerce de Bordeaux[5] | 5 août / 16 août 2026[5] | 16 octobre 2026, 16 décembre hors métropole (ouvert)[5][18] | Mandataire : SELARL Laura Lafon. Administrateur : SELARL FHBX[14] |
| Horizon Oblig (émetteur, pas une plateforme) | Redressement judiciaire, tribunal des activités économiques de Versailles[5] | 18 août / 27 août 2026[5][17] | 27 octobre 2026, 27 décembre hors métropole (ouvert)[17] | Mandataire : SELARL Asteren, Me Axel Chuine[17] |
Flolend se présentait comme un moyen d'investir dans des projets de production d'énergie renouvelable, en prêtant aux sociétés porteuses de projets ou en souscrivant leurs obligations ou leurs actions, selon le cabinet Kohen Avocats[4]. Elle détenait l'agrément PSFP n° FP-2024-14, délivré le 20 novembre 2024, pour le prêt et le placement d'actions et d'obligations[3]. D'après le registre Pappers, la cessation des paiements a été fixée au 28 juin 2026[1]. Le site indique que Flolend a cessé son activité et que les remboursements se suivent sur une plateforme de gestion extinctive baptisée Run Off[2], un service édité par la société Capsens[4]. Kohen précise que Capsens intervient comme « agent lié de paiement » de Mangopay et de Lemonway et n'est agréée ni par l'AMF ni par l'ACPR[4]. Le titre de la page, « Cession d'activité », laisse penser à une reprise, mais nous n'avons trouvé aucune trace d'un repreneur. Les montants collectés, le nombre d'investisseurs et le nombre de projets en cours ne sont pas connus.
Mahana Capital, plateforme de financement participatif immobilier basée à Saint-Raphaël, était agréée sous le n° FP-2024-10 depuis le 28 mars 2024[6][8][9]. Sa page d'accueil indique qu'elle « ne propose plus de solutions de financement ni d'ouvertures de compte » et que les investisseurs peuvent suivre leurs remboursements depuis leur espace, sans mentionner la liquidation[7]. Selon les données publiées par la plateforme au 19 septembre 2026, relevées par le cabinet Kohen Avocats, Mahana a financé 55 projets pour 25 849 500 €, dont 20 remboursés et 35 en cours. Parmi ces derniers, 23 accusent un retard de plus de six mois, pour 13 349 037 €, soit environ 52 % du montant financé. Aucune perte définitive n'était encore enregistrée[9]. Selon Kohen, les conditions générales de Mahana prévoient que les opérations en cours soient « mises en gestion extinctive jusqu'à leur terme, conformément à une convention conclue avec l'établissement de paiement »[9]. Nous n'avons pas trouvé qui assure concrètement ce suivi aujourd'hui, la société étant elle-même en liquidation.
Tudigo revendiquait plus de 200 millions d'euros investis, 300 campagnes et 25 000 investisseurs[11][12]. La cessation des paiements a été fixée au 31 juillet et les offres de reprise, remises au plus tard le 14 septembre, ont été examinées le 30 septembre[11][13]. Selon le média régional Aqui.Media, la communication de Tudigo aux investisseurs du 17 août indiquait qu'un plan de redressement « n'est à date pas envisagé », d'où son résumé : « Cession ou liquidation. Rien d'autre. »[16]. Au 3 octobre, aucune décision consécutive à l'audience n'était publiée au BODACC[15], et nous n'en avions pas trouvé lors de nos dernières recherches, le 6 octobre. Le Brief Patrimonial présente Blast comme favori, avec une nuance de taille : l'agrément de Blast couvre les actions, pas les obligations, si bien que le suivi des titres obligataires sortirait du périmètre du candidat[13].
À noter en passant : Automata France, la société qui exploitait le service de crypto-actifs Vancelian, placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce d'Antibes le 28 juillet, a également un délai de déclaration au 7 octobre[5]. Ce n'est pas une plateforme de financement participatif et nous ne la traitons pas ici.
Dans le crowdlending et le crowdfunding obligataire, la plateforme est un intermédiaire. Votre prêt ou votre obligation est une dette de la société qui porte le projet, et cette société n'est pas en procédure collective du seul fait de la faillite de la plateforme. Votre créance existe toujours[4]. Ce qui change, c'est la qualité du suivi : qui relance un emprunteur en retard, qui négocie une prorogation, qui vous représente si le projet tourne mal.
Les fonds en attente sur votre compte sont une autre question. Chez Tudigo, selon MoneyVox, ils sont logés sur des comptes ségrégués, ceux des véhicules d'investissement ou ceux tenus dans les livres du prestataire de paiement Lemonway[11]. Ils ne font donc pas, en principe, partie de l'actif de la plateforme. Ils ne sont pas perdus, mais, précise MoneyVox, tout reversement nécessite l'autorisation préalable de l'administrateur judiciaire, ce qui peut les retarder[11].
Dernier point, propre aux reprises : dans un plan de cession, « le cessionnaire achète un ensemble d'actifs, pas la société elle-même ni ses dettes », rappelle Kohen Avocats[15]. Si Tudigo est reprise, ce que la plateforme vous devait directement reste dû par la société défaillante, pas par le repreneur. Et la reprise elle-même n'est pas acquise : Tudigo écrivait le 14 août qu'« aucune reprise n'est à date garantie »[15].
Horizon Oblig est une société anonyme du groupe Horizon dont l'activité déclarée est l'achat en vue de la revente d'immeubles et de parts de sociétés immobilières[17]. Ses obligataires et ses prêteurs ont prêté directement à la société en procédure : ils sont créanciers directs. Pour les obligations regroupées en masse, Kohen conseille de vérifier que le représentant de la masse a bien déclaré les titres[5]. Le redressement judiciaire du 18 août fait suite à une sauvegarde accélérée ouverte le 26 mars 2026, et la cessation des paiements a été fixée au 25 août 2025[17]. Point important souligné par Kohen : selon le cabinet, « aucun texte ne dispense le créancier d'une sauvegarde accélérée avortée de cette nouvelle déclaration ». Avoir déclaré lors de la sauvegarde ne suffit donc pas, il faut déclarer à nouveau dans le redressement[17]. Sur le forum de MoneyVox, des investisseurs évoquent environ 63 millions d'euros collectés sur 29 projets et une suspension des coupons en 2025[23]. Sur le forum de la communauté Finary, un participant avance une « perte de nos créances estimée à 65 % »[22]. Ces chiffres de forum ne sont pas vérifiés.
Le mécanisme est le même dans les quatre dossiers. Les créances nées avant le jugement d'ouverture se déclarent auprès du mandataire judiciaire ou du liquidateur, directement par le créancier ou par un représentant (article L.622-24 du Code de commerce)[21]. Le délai est de deux mois à compter de la publication au BODACC (article R.622-24)[17][20], porté à quatre mois au total pour les créanciers domiciliés hors de France métropolitaine, comme l'illustre l'écart entre le 27 octobre et le 27 décembre pour Horizon Oblig[17][18]. La déclaration s'adresse au mandataire ou au liquidateur par lettre recommandée avec accusé de réception[20].
Reste la question pratique : devez-vous déclarer contre la plateforme ? Les textes ne visent pas spécifiquement le crowdlending, mais les analyses du cabinet Kohen sur Flolend et Mahana distinguent clairement deux situations[4][9] :
Conservez les justificatifs utiles (contrats, relevés de compte, échéanciers), qui vous seront demandés pour chiffrer la créance. Pour Tudigo, le délai court jusqu'au 16 octobre[5]. Pour Flolend, il expire le 7 octobre[5].
Les obligataires de Tudigo sont consultés masse par masse sur le dispositif de continuité : désignation d'un nouveau représentant et prélèvements sur les remboursements, à la majorité des deux tiers des voix exprimées[14]. Ces votes ont un coût concret. Côté obligations, le prestataire technique percevrait 1,8 % TTC sur tous les flux de remboursement reçus et le prestataire de recouvrement facturerait 6 000 € HT par an et par emprunt[14]. Aqui.Media, qui s'appuie sur la communication de Tudigo du 17 août, précise ce scénario en cas de liquidation : 6 000 € HT par an par emprunt en cours, 10 000 € en contentieux, plus les honoraires de Covalt comme représentant de la masse. Pour les véhicules d'investissement en actions, la société de recouvrement 1563 coûterait 8 400 € TTC par an et par véhicule, payés d'avance par les investisseurs, auxquels s'ajoutent 2 % pour Capsens sur ces collectes[16]. Ces montants restent soumis au vote des investisseurs concernés. Avec une majorité calculée sur les voix exprimées, ne pas voter revient à laisser les autres décider.
Pour Mahana Capital, le délai a expiré le 5 octobre[9]. Il reste le relevé de forclusion, qui doit être demandé dans les six mois suivant la publication au BODACC (article L.622-26 du Code de commerce)[20], soit au plus tard le 4 février 2027 pour Mahana selon Kohen[9]. Le créancier doit alors prouver que sa défaillance n'est pas de son fait, ou qu'elle est due à une omission volontaire du débiteur lors de l'établissement de la liste des créanciers[20]. C'est le juge qui tranche, et un avocat pourra vous dire si votre situation s'y prête. Kohen signale aussi une action en revendication possible jusqu'au 4 novembre 2026, limitée aux biens qui se retrouvent « en nature » entre les mains de la plateforme[9]. Si vous n'avez que des prêts sur des projets Mahana, rappelons que ces créances portent sur les sociétés emprunteuses, dont 23 étaient en retard de plus de six mois au 19 septembre[9]. C'est leur suivi, plus que la déclaration au passif de Mahana, qui déterminera ce que vous récupérerez.
Si une créance finit par être perdue, le traitement fiscal des pertes est détaillé dans notre guide sur la fiscalité du crowdlending en 2026.
Le médiateur de l'AMF a reçu 117 dossiers liés au financement participatif en 2025, contre 32 en 2024, selon le cabinet Kohen Avocats et le comparateur Selectra, site affilié[18][19]. Sur 93 dossiers clos, 48 ont donné lieu à une recommandation favorable, dont 26 acceptées, pour un montant médian de 1 320 €[18].
Mais cette voie se ferme dès l'ouverture d'une procédure collective. Comme le résume Kohen, « une plateforme en redressement ou en liquidation judiciaire ne peut plus s'engager dans une démarche amiable » (article L.622-7), et la médiation ne suspend pas le délai de déclaration[18]. Une autre piste existe : l'action directe contre l'assureur de responsabilité civile de la plateforme (article L.124-3 du Code des assurances), qui ne nécessite pas de déclaration de créance[18]. Elle suppose une faute de la plateforme couverte par la police, ce qu'aucune source ne démontre à ce stade pour ces trois dossiers.
Selectra résume la situation des investisseurs d'une plateforme fermée : sans représentant collectif désigné, ils risquent de « se retrouver seul face au porteur de projet »[19]. Le précédent d'October et de sa gestion extinctive montre ce que cela implique dans la durée.
Les causes de ces défaillances ne sont établies par aucune source primaire. Pour Flolend, Kohen parle de cessation des paiements et non de faute[4]. Pour Tudigo, Aqui.Media décrit des récits concurrents entre les protagonistes[16]. Nous ne prétendons donc pas expliquer pourquoi elles ont échoué. En revanche, plusieurs signaux étaient visibles de l'extérieur.
Flolend et Mahana avaient obtenu leur agrément PSFP en 2024[3][8], et Tudigo détenait un agrément couvrant les actions et les obligations[13]. Ni l'une ni l'autre, ni Tudigo, ne figuraient sur la liste AMF des PSFP radiés à la date de nos vérifications, et Flolend et Mahana étaient toujours inscrites sur la liste blanche[3][8][10]. Dans notre base de 663 projets répartis sur 23 plateformes, presque toutes les plateformes françaises suivies obtiennent la note maximale de 8/8 sur le critère réglementaire. L'agrément est une condition nécessaire. Il ne dit rien de la solidité financière de la plateforme.
CrowdPickr ne suivait ni Flolend, ni Mahana Capital, ni Tudigo, ni Horizon Oblig. Nous ne prétendons pas que notre grille aurait prédit ces faillites. Mais ces signaux sont précisément ceux qu'examine notre critère de santé financière de la plateforme (A4, noté sur 4), qui relève d'un jugement d'analyste et non d'un modèle. Deux exemples tirés de nos données. WiSEED obtient 1/4 : notre justification relève un redressement judiciaire accéléré en octobre 2025, une procédure close le 11 décembre 2025 et un rachat par Advenis, avec moins de douze mois de stabilité sous le nouveau propriétaire. À l'autre extrémité, Homunity obtient 4/4 dans notre dernière notation, en tant que filiale de Tikehau Capital.
Sur la continuité, enfin, les plans de continuité d'activité sont quasi universels : 559 de nos 663 projets mentionnent un plan de continuité dans la justification du critère de protection des investisseurs. Le dossier Tudigo montre ce qu'un tel plan coûte en pratique : des frais prélevés sur les remboursements et des votes de masse à organiser[14][16]. Un plan de continuité limite la casse, il ne l'empêche pas.
Pour aller plus loin sur l'analyse d'un projet, voir notre méthode pour lire un dossier de crowdlending.
Ne paniquez pas, mais tenez les délais. Si vous avez prêté via Flolend, Mahana Capital ou Tudigo, votre créance sur la société emprunteuse survit à la faillite de la plateforme : inutile de brader vos positions. Le risque réel tient au suivi, aux recouvrements et aux frais de gestion extinctive. Agissez sur ce qui est daté : Flolend le 7 octobre, Tudigo le 16 octobre, Horizon Oblig le 27 octobre, où les investisseurs sont créanciers directs et où une déclaration faite lors de la sauvegarde ne suffit pas. Pour Mahana, seul le relevé de forclusion reste possible, jusqu'au 4 février 2027. Votez dans les consultations des masses obligataires de Tudigo. Pour l'avenir, raisonnez en exposition par plateforme et pas seulement par projet, et privilégiez les plateformes qui publient plusieurs années de comptes et disposent d'un actionnariat solide. Avec trois plateformes agréées en procédure en deux semaines, le risque plateforme n'est plus théorique dans le crowdfunding français. Nous mettrons cet article à jour dès que le jugement Tudigo sera publié.
Données CrowdPickr au 6 octobre 2026. Cet article est une analyse indépendante et ne constitue pas un conseil en investissement.